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Résumé Semaine 2: Défis et difficultés à surmonter en ce qui concerne la création et l'administration de centres d'information ruraux, 10-14 Juin 2002


Au courant de cette semaine, les participant(e)s ont surtout partagé leurs expériences concrètes concernant l'utilisation de TIC dans les zones rurales. Les défis et les difficultés résultants ont aussi été discutés.

Un grand nombre de participants et de participantes ont parlé de leurs expériences concernant l'utilisation de TIC en Afrique, en Amérique du Sud et en Inde. Plusieurs ont cité l'utilisation de la radio comme un outil de communication pour les femmes; en effet, il semble que la radio fonctionne bien comme catalyseur pour effectuer des changements et pour permettre l'autonomisation des femmes, un outil qui pourrait aussi mener à d'autres initiatives combinant des moyens de communication anciens et modernes.

Les initiatives présentées cette semaine sont les suivantes:

  • Le Télécentre Communautaire Polyvalent de Nakaseke Women Development Association (NAWODA), Ouganda

  • Women Farmers Association of Nigeria (WOFAN), une association qui a établi des clubs d'écoute de radio où les femmes ont appris à enregistrer les défis de développement qu'elles ont rencontrés, et de les diffuser sur Radio Kano.

  • Arid Lands Information Network (ALIN), un réseau qui a enseigné à un groupe de femmes à réaliser une vidéo sur les problèmes de développement, pour la montrer ensuite aux communautés et aux responsables politiques.

  • World Links, en Ouganda, qui ont établi des télécentres dans des écoles pour fournir des services Internet et multi-médias.

  • Council for Economic Empowerment for Women of Africa (section Ouganda) qui soutient le Télécentre Buwama en Ouganda.

  • Le projet de campagne d'éducation civique de Radio for Development (RFD) financé par DFID au Malawi soutenant des clubs d'écoute de radio dans les communautés rurales.

  • Helen Keller, une ONG de développement qui promouvoit les radios rurales au Niger.

  • Un centre de documentation créé par une ONG de développement au Cameroun.

  • Des centres d'information ruraux au Costa Rica.

  • Des télécentres à Maharashtra, en Inde de l'Ouest, qui utilisent des TIC pour faciliter l'autonomisation des femmes.

  • The Community-based Management Information System (CBMIS) financé par U.N.I.C.E.F. en Ouganda.

  • Network of Rural Women Trinidad and Tobago, et Caribbean Network of Rural Women, deux réseaux qui ont utilisé la radio, la télévision, l'art dramatique et la tradition orale pour promouvoir la communication entre et pour les femmes.

Tous les participants et toutes les participantes ont mentionné les défis familiers suivants:

  1. La pauvreté
  2. Des ressources limitées menant à une mauvaise infrastructure, un manque d'aménagements essentiels, etc.
  3. Un taux d'analphabétisme élevé, surtout parmi les femmes
  4. La perception culturelle du rôle de la femme
  5. Une préférence pour les milieux urbains de la part d'organisations de développement, ce qui marginalise les communautés rurales
  6. Très peu ou aucun soutien du gouvernement
  7. Guerres, instabilités et conflits

On constate une même manière de relever ces défis parmi les participant(e)s. Les conditions suivantes ont été établies comme essentielles par les participant(e)s pour la réalisation de leurs projets.

1) Il faut fournir les outils les plus nécessaires pour la "dissémination et la communication de l'information"

Les contributions de cette semaine ont démontré que les propres outils de communication doivent être fournis et qu'ils doivent correspondre au contexte social et économique (la semaine dernière, les participant(e)s sont arrivés au même consensus). Comme l'a exprimé un de nos participant(e)s: "Nous parlons ici du 'bon' moyen d'accès à la 'bonne' information pour les femmes rurales. Cela peut être un cyberbavardage thématique, un groupe de discussion au foyer socio-éducatif (pendant le temps libre des femmes), ou bien encore un télécentre, bien équippé et multi-média, typique. Le défi principal est de réaliser peu à peu les idées sur les 'vrais' besoins d'information et de communication des femmes."

Par exemple, le membre d'une organisation a mentionné qu'ils avaient d'abord commencé à montrer des vidéos aux femmes pendant le soir, parce que le projecteur ne marchait que dans le noir; mais ils ont du constater que les femmes ne pouvaient pas venir le soir. Une évaluation montra que le télécentre n'apportait rien, et les organisateurs du projet ont fini par adopter d'autres moyens basés sur ce qui était important aux femmes, c'est-à-dire le téléphone et l'Internet. Ceci a eu pour conséquence que leur organisation est entrée en contact avec un autre groupe de femmes à l'étranger, qui ont promi de leur trouver de nouveaux marchés pour leur travaux d'artisanat.

2) Il faut commencer tout au début

Une autre condition mentionnée plusieurs fois cette semaine, et qui avait aussi été discutée la semaine dernière, est que les initiatives de développement doivent répondre aux besoins des femmes ou des communautés locales et ne pas introduire un service qui, bien qu'offert avec les meilleures intentions, n'a pas de succès parce que les communautés ne s'y intéressent et ne le soutiennent pas.

On peut citer comme exemple un programme de Women Farmers Association of Nigeria (WOFAN) qui supportaient des clubs d'écoute de radio pour les femmes rurales où les auditrices apprenaient à enregistrer leurs opinions sur les défis de développement qui existaient dans leurs communautés, et de les diffuser sur Radio Kano. Il semble que ce programme ait aidé les femmes de prendre conscience de leur pouvoir et d'examiner d'autres formes de communication au delà de la radio. En plus, les clubs d'écoute leur ont donné la chance de prendre part à des activités qui leur ont rapporté de l'argent, leur permettant ainsi une liberté économique plus importante et leur donnant aussi un sentiment de pouvoir politique.

3) Il faut prendre en considération les contraintes sexospécifiques auxquelles les femmes doivent faire face et créer des occasions pour engendrer des changements positifs

Certains participant(e)s ont indiqué que les attitudes culturelles sexospécifiques représentent un obstacle majeur à la participation des femmes. Des exemples furent donnés comment des hommes ont empêché leurs femmes de participer à des initiatives locales. Mais d'autres exemples ont démontré comment ces actions peuvent être contrebalancées en engageant les hommes comme partenaires pour gagner leur support, en apprenant aux jeunes filles et femmes à partager leur savoir et leurs expériences avec les femmes de leur famille, et en demandant aux leaders locaux, hommes et femmes, de participer en tant qu'agents de change.

Néanmoins, il existe encore des doutes et il peut même y avoir des conséquences négatives si une technologie est introduite dans un environnement où le pouvoir des femmes et leurs chances sont limités. Selon certain(e)s participant(e)s, les télécentres peuvent être perçus comme étant le domaine particulier de gens 'éduqués' ou d'une 'élite', et/ou aussi un outil pour ceux qui ont du pouvoir, et ceci, par conséquence, ne fait que d'aliéner les femmes encore plus. En tenant compte de cela, une autre participante a suggéré qu'il est nécessaire de faire des recherches sur le contexte local avant qu'un projet soit réalisé.

Il est aussi important de prendre des décisions qui respectent les besoins des femmes et leur situation; par exemple, choisir un moment dans la journée quand elles sont libres ou quand il leur est plus facile de quitter leur travail ou leur maison. Il est aussi évident qu'il faut traduire le contenu dans la langue locale.

4) Il faut assurer la "responsabilité" des participantes et la "durabilité" des projets

La question de la "durabilité" a été posée plusieurs fois cette semaine, et quelques exemples ont été donnés comment elle peut être réalisée. Mais bien que certaines méthodes sont efficaces, il ne faut pas oublier que la promotion de la durabilité est un processus suivi et qu'il faut traiter certains points, comme les ressources locales (gouvernementales et communautaires), les dépenses à court et à long terme, l'assistance technique, etc., avec beaucoup d'attention.

Ci-après se trouvent les suggestions tirées des contributions de cette semaine:

  1. Il faut intégrer un projet d'information rural dans un programme ou un service qui existe déjà, comme par exemple des foyers socio-éducatifs, des écoles, ou d'autres organisations locales. Selon un participant, "Il est très difficile de maintenir des télécentres s'ils ne sont pas placés dans un 'foyer' principal qui se charge de l'organisation des projets. Il serait encore mieux si ce foyer était un établissement permanent, avec des systèmes permanents. Parce qu'elle héberge notre télécentre, notre école est devenue le centre de gestion, assisté par un comité de représentants (comme des membres de la communauté) qui doivent garantir que les intérêts de la communauté soient respectés. La communauté paie une part des coûts en utilisant les frais scolaires, les coûts moins élevés sont payés par les utilisateurs." Un autre participant est aussi d'avis que de placer un CIR dans une école est un bon moyen pour atteindre et pour former les jeunes qui, souvent, assimilent les nouvelles technologies beaucoup plus vite que les adultes.

  2. Il faut créer des projets qui rapportent de l'argent aux femmes (une organisation mentionna qu'un groupe de femmes vendaient des habits d'occasion pour acquérir de l'argent).

  3. Il faut demander à différentes sources, comme les communautés et les subventionneurs, de contribuer. Selon un participant de l'Inde, il est important d'avoir en place des "CIR qui ne sont pas financés par de gros investissements de capitaux extérieurs mais par des 'investissements provenant de la communauté'".

  4. Il faut apprendre aux gens locaux de gérer des projets et d'utiliser les technologies eux-mêmes. Les participant(e)s ont indiqué que les jeunes, et surtout les jeunes filles et femmes, doivent être formés pour devenir de futurs dirigeants, et aussi pour aider leurs parents à réaliser leur potentiel. Une autre participante a parlé de l'importance de développer les capacités des femmes, ce qui, selon elle, "va au-delà de l'enseignement de l'accès et des applications de base. Le problème des barrières personnelles, institutionnelles et systémiques doit aussi être abordé". Ainsi la formation et le renforcement des capacités sont essentiels non seulement pour permettre aux femmes d'utiliser les technologies de façon autonome, mais aussi pour changer les structures qui les empêchent de se libérer de leurs rôles défavorisés.

En plus, les discussions cette semaine avaient aussi pour sujet le rôle des gouvernements. Il semble qu'à présent, la plupart des gouvernements n'apportent aucun soutien ou ont même fait obstacle à des projets. Les participant(e)s demandent que les gouvernements s'engagent plus dans la définition et la réalisation de mécanismes pour la communication rurale et aussi dans la facilitation de l'accès aux ressources et aux opportunités. Une participante d'Ouganda mentionna que récemment, son gouvernement avait renoncé aux taxes sur les ordinateurs importés pour tenter de promouvoir une application de TIC plus répandue. Des décisions similaires pourraient être prises ailleurs, mais le progrès doit aussi se faire sur une échelle plus grande. Un participant a suggéré qu' "il faut se concentrer plus sur les processus règlementaires pour résoudre le problème du manque de support pour les TIC."

Tous les exemples donnés cette semaine prouvent ce qui peut être accompli; mais il est aussi évident que beaucoup de défis sont encore à relever et, pour faciliter l'information et la communication aux femmes rurales, il faut examiner en profondeur les contraintes et les opportunités qui existent.

Les avantages sont variés: les femmes gagnent plus de pouvoir politique; la participation et le prise de décisions collectives se développent au niveau local ; l'alphabétisation et l'éducation s'améliorent; les communautés rurales sont moins isolées et gagnent une voix et une position plus importantes; et, finalement, des relations importantes peuvent se développer entre les communautés au niveau national et international.

Mais la question se pose toujours si les structures qui ont été réalisées sont utiles ou si elles nuisent aux femmes. Les opinions sont partagées, mais l'expérience démontre qu'on peut accomplir beaucoup avec une attitude consciencieuse et un esprit créateur. Vers la fin de la discussion, une participante a suggéré que, pour découvrir et mesurer ce qui est vraiment faisable, des projets pilotes devraient être mis en place auxquels les femmes puissent prendre une part active. Elle dit (sic): "Je pense qu'il sera mieux de faire l'expérimentation avec quelques centres tests tenus par des femmes lettrées ou alphabétisées et formées en la matière qui pourront aider les autres femmes à mieux apprendre, comprendre et à mieux gérer. Ces centres peuvent servir pour les cours d'alphabétisation fonctionnelle et les cours de mise à niveau surtout pour les filles ex-scolaires". Elle mentionne aussi comment des projets peuvent aider les femmes d'âges différents et provenant de classes sociales différentes à travailler ensemble pour aider à la formation et à l'alphabétisation.

Ci-après d'autres questions auxquelles les participant(e)s espèrent trouver les réponses durant la conférence:

  1. Comment peut-on intégrer un service de communication dans un endroit rural où l'infrastructure est très mauvaise (par exemple, une participante française voudrait soutenir une initiative rurale en Afrique pour les femmes souffrant du HIV/SIDA, mais ne sait pas trop bien que faire pour aider)?;

  2. Sans tenir compte du niveau d'alphabétisation, comment peut-on utiliser les TIC pour aborder les problèmes d'accès?, et;

  3. Quels sont les divers avantages des CIR dont peuvent profiter les femmes, et comment peut-on maximiser ces avantages?

En conclusion, ce que nous avons appris des contributions de cette semaine, selon une participante, c'est "de conférer à l'utilisation de nouvelles technologies d'information et de communication les mêmes principes, les mêmes critères et les mêmes leçons que nous avons appliqués dans le passé à l'utilisation d'autres technologies et d'autres méthodes participatives: en concevant les messages, en sélectionnant les bonnes voies d'utilisation et en choisissant le meilleur moment et les meilleures locations pour fournir ces services, les activités de communication doivent refléter les besoins spécifiques des femmes et aborder le problème de leurs contraintes sociales, économiques et culturelles".

(Résumé préparé par Anne-Marie Livingstone. Traduction: Judith Bucher.)

Conférence en ligne IARW




Last update: June-27, 2002